jeanne du barry

Jeanne du Barry : esthète novatrice des Lumières

Dernière favorite du roi Louis XV, Jeanne du Barry a longtemps été reléguée par les libelles et les caricatures au rang d’une courtisane vénale. Pourtant, l’historiographie récente, portée notamment par les travaux d’Emmanuel de Waresquiel, invite à franchir ce miroir déformant pour restituer à cette créature toute sa complexité culturelle. Derrière le personnage de la bâtarde libertine et parvenue se dessine ainsi une collectionneuse avertie et surtout une commanditaire capable de s’entourer des meilleurs artistes et artisans de son temps. Ledoux, Fragonard, Vien, Pajou, Gouthière ou Carlin, ses choix  et son goût personnel accompagnent un moment charnière, lorsque le rocaille cède progressivement la place au goût ‘‘à la grecque’’ et au néoclassicisme.

TEXTE : Christophe Dosogne

Voici dix raisons de la voir sous un nouveau jour.

1. Parce qu’elle a appris le goût

L’éducation esthétique de celle qui est née Jeanne Bécu, en 1743, fille illégitime d’une humble couturière et d’un riche banquier, s’enracine au cœur de l’effervescence commerciale du Paris des Lumières. Grâce à la générosité de son père putatif, Claude Billard du Monceau, elle entre dans l’Institution des Filles de Saint-Aure, où elle reçoit une éducation soignée qui façonnera plus tard son ascension. Sortie à quinze ans du couvent, elle échappe à la misère en devenant vendeuse et modèle dans la très sélect boutique de nouveautés, À la Toilette.