Aux côtés du Titien et de Véronèse, le Tintoret forme la trilogie sacrée des peintres vénitiens du XVIe siècle. Mais, au-delà des légendes qui ombrent sa forte personnalité, quels sont les ingrédients qui rendent sa peinture précieuse pour l’histoire de l’art et fondamentale pour bien des artistes, de Rubens à Cézanne, en passant par Manet ? Tentative de réponse par quelques exemples, à l’occasion de l’exposition organisée au musée Jacquemart-André.
Jacopo Robusti (ca. 1518/1519-1594) est né sous une bonne étoile : fils d’un teinturier à qui il doit son surnom, il semble d’emblée doué car il se forme plutôt en autodidacte, ne fréquentant que sporadiquement l’un ou l’autre atelier. Passant toute sa vie à Venise, y menant une carrière tambour battant, il en deviendra le premier peintre après la mort du Titien, en 1576. Décédant à plus de 75 ans, le Tintoret aura exercé ses talents exceptionnels sur les murs de plusieurs confréries (Scuola Grande di San Marco, Scuola Grande di San Rocco, Palais des Doges, …). Secondé par un important atelier où travaillèrent son fils et sa fille, il réalisa aussi de nombreux portraits de bourgeois et nobles vénitiens. Ont-ils tous compris l’originalité intrinsèque de ses compositions et accepté comme geste créateur, et anticipateur, la fluidité de sa touche? Sans doute…